INTERVIEW AU CDI

 

Rencontre avec Pascale Maret

 

Les élèves : Pascale MARET, quels sont vos livres préférés ?

Pascale MARET : Je ne vous citerai pas de titre de livres que j’aime car ce sont des livres pour adultes que vous n’avez pas encore lus et qui ne vous diraient rien. Mais ce sont en général des histoires d’aventure et des histoires d’amour. A votre âge j’aimais lire le Club des Cinq, Alice, Jack London, L’île au trésor de Stevenson…

 

Les élèves : D’autres personnes de votre famille sont-ils écrivains ?

Je suis seule dans ma famille à être écrivain. J’ai deux filles : l’une aime lire l’autre déteste. Je n’ai pour l’instant écrit que des fictions…et un scénario pour un dessin animé !

 

Les élèves : Quel est votre premier livre ?

Mon premier livre était un livre pour adulte (Aventures en Birmanie). Je n’ai jamais pensé à écrire spécialement pour les enfants.

 

Les élèves : Quand avez-vous commencé à écrire ?

A votre âge j’adorais faire des rédactions à l’école. J’ai vraiment décidé d’écrire vers trente ans lors d’un concours de nouvelles policières. Mais pour écrire il faut avoir beaucoup lu : avant d’être écrivain, je suis une droguée de lecture, une lectrice maladive.

 

Les élèves : Où écrivez-vous ?

J’aime écrire chez moi, dans mon bureau dans un endroit plutôt tranquille…

 

 

Les élèves : Aimez-vous Clones en stock ?

Ce livre aujourd’hui est loin de moi. Je l’ai écrit en 1998. Je l’aime, certes, mais je suis maintenant plus touchée par les plus récents et surtout par celui que je suis en train d’écrire. Comme si l’un effaçait l’autre. Mon préféré est tout de même mon livre pour adultes.

 

Les élèves : Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur le clonage ?

Au début je ne comprenais pas pourquoi j’écrivais sur le clonage ! Je n’aime pas la science fiction et je ne m’intéressais pas au caractère scientifique du problème . J’étais plus attirée par l’histoire de ce garçon qui ne sait pas qui il est ! Peu à peu je me suis rendu compte que j’écrivais pour mes enfants… qui sont adoptés. Et ce problème d’identité, c’est un peu le leur !

 

Les élèves : Que signifie la dédicace au début du livre ?

La dédicace « Pour Louise au lieu de lui offrir un chien » est pour ma fille aînée, Louise. Elle adore les chiens et les animaux en général. Quand elle a su que j’écrivais elle m’a demandé s’il y avait des animaux dans mon livre. Comme ce n’était pas le cas, elle m’a souligné qu’il ne serait pas intéressant ! Alors j’ai créé Buck (souvenez-vous que j’adore Jack London !)… et Alaya. Et Alaya, c’est un peu ma fille aînée du point de vue du caractère. Pour 4b je n’avais pas de personne en tête à laquelle me référer.

 

Les élèves : Aimeriez-vous vivre dans l’univers de Clones en stock ?

Je ne crois pas que j’aimerais vivre dans le monde de Quatre Bleu. C’est effrayant le clonage, cela fait peur, on ne sait plus qui on est ! Je préfèrerais vivre dans le passé, cent ou deux cents ans en arrière… en plus de cette manière je connaîtrais pleins de choses insoupçonnées, je serais maligne !

 

Les élèves : Quels documents avez-vous consultés pour écrire Clones en stock ?

Je n’ai pas de sources précises d’informations pour écrire. J’ai lu quelques articles scientifiques et surtout un dossier intitulé « Comment vivrons-nous dans cinquante ans ? » J’y ai trouvé des idées… Vous avez noté certains mots que vous ne connaissiez pas. Pourtant « alicament » et « visunettes » sont des mots qui existent. « Turbotube » est inventé à partir de l’anglais « tube » ( le métro de Londres).

 

 Les élèves : Quel message voulez-vous faire passer avec ce livre ?

Je ne veux pas faire passer de message dans Clones en stock. En tout cas, par une réflexion scientifique sur le clonage. Sinon j’écrirais un article. J’avais envie de raconter une histoire et peu à peu le thème m’est apparu : peu importe d’où l’on vient, ce qui est important c’est de se construire. Même si les débuts sont difficiles (Quatre Bleu ne reçoit pas d’amour de la part de ses parents…), on peut tout de même se construire, devenir un être humain. D’où le rapport avec mes enfants !

 

Les élèves : Quel est votre passage préféré dans Clones en stock ?

C’est la fuite du domaine et de l’hôpital parce qu’il y a de l’action. Cela me rappelle mes lectures de jeunesse : j’adorais les passages avec beaucoup d’action.e jeunesse. Mais il y a aussi des passages que j’aimais beaucoup qui ont été supprimés par l’éditeur : c’était des passages plus intimes où Quatre Bleu se regardait dans un miroir et se questionnait sur son identité.

 

 

 

 

Les élèves : Quelle est votre méthode de travail ?

Chacun a sa propre méthode de travail. Je pars d’un thème, d’un idée ou d’un rêve… Je note au brouillon quelques idées. Je fais une liste des personnages, quelques moments de l’histoire sont notés. Et puis chose essentielle, j’achète un beau cahier dans lequel je me mets à écrire des pages et des pages. Pour Clones en stock cela m’a pris trois mois. Ensuite je tape mon texte à l’ordinateur. Puis je l’envoie à plusieurs éditeurs. Et à partir de ce moment-là, il faut attendre… il y a tellement de manuscrits qui sont envoyés dans les maisons d’édition… Un éditeur reçoit en moyenne mille manuscrits par an et n’en publie que trente ou quarante ! Beaucoup partent à la poubelle ! C’était donc merveilleux que l’un d’eux me réponde ! Il y a eu bien sûr des corrections à faire : j’ai renvoyé le manuscrit trois fois. Je n’étais pas toujours très contente des remarques : « essayez de varier le vocabulaire », « trop de répétitions »… Enfin quand nous sommes d’accord, je signe « le bon à tirer ». C’est une mise en page du livre à la fin de laquelle j’appose ma signature pour indiquer que j’accepte l’impression de mon roman.

 

Il aura donc fallu trois ans pour que mon manuscrit devienne un livre véritable, disponible en librairie. A noter tout de même que je vivais à l’étranger durant cette période, ce qui n’a pas simplifié les choses.

 

Les élèves :  Avez-vous la trame complète de l’histoire en tête lorsque vous vous lancez dans l’écriture ?

Non. J’ai d’abord en tête un endroit, puis des gens et l’action en découle, la trame apparaît peu à peu… mais pas la fin. C’est parfois ce qui crée la fameuse angoisse de l’écrivain, un trou apparaît dans l’histoire… comment faire pour faire avancer le récit. Par exemple dans Clones en stock, je ne savais pas comment libérer Quatre Bleu. L’idée de la chaussette sale est venue après ce questionnement. Des évènements au cours de l’écriture peuvent changer : le récit d’Orénoque (mon prochain livre) était à la première personne. Mais comme l’histoire était celle de quelqu’un qui est perdu j’ai trouvé peu judicieux d’écrire de cette façon. Alors j’ai repris tout le manuscrit et je l’ai réécrit à la troisième personne pour mieux illustrer que le personnage ne comprend pas ce qui lui arrive. Des personnages peuvent aussi disparaître et d’autres s’épaissirent (devenir plus importants pour l’histoire).

 

En résumé, l’histoire n’est possible que parce qu’il y a un manque. L’histoire naît d’un quête : celle du coupable dans un roman policier, de l’âme sœur dans un roman d’amour, la quête de l’identité de Quatre Bleu. C’est le manque qui provoque l’action : il manquait à Quatre Bleu d’être un vrai homme, il lui manquait la liberté.

 

Les élèves : Le métier d’écrivain est-il rentable ?

Sur un livre qui coûte 5 € je touche 0.25c (5% du prix du livre ).

L’éditeur décide en général de tirer d’abord 6000 ouvrages. Sur ces livres je reçois une avance de 1500€. Ensuite si mon livre est réédité, je toucherai 0.25c par livre vendu !

Aujourd’hui Clones en stock a été vendu à environ 8000 exemplaires et Esclave à 6500.

 

 

Les élèves : Votre livres est-il paru dans d’autres pays ?

Clones en stock a été traduit en allemand et en croate, je ne sais pas pourquoi ! Je n’ai aucun pouvoir sur ces traductions car j’ai cédé mes droits pour toute adaptation cinématographique ou pour toute traduction dans mon contrat !

 

Les élèves : Comment choisissez-vous les titres de vos romans ?

Je ne les choisis pas vraiment. D’ailleurs Clones en stock m’a été imposé ! Et je ne l’aime pas trop car il ressemble trop au titre d’un album d’Hergé, Coke en stock ! J’avais trouvé « Clonerie » que je trouvais plus drôle. Mais la consonance de ce mot n’a pas plu à l’éditeur. J’avais intitulé mon second roman « Chemin sur le mer », c’est devenu Esclave ! Et celui que je suis en train d’écrire, Orénoque, sera sans doute aussi débaptisé !

 

Les élèves : Comment choisissez-vous les couvertures de vos livres ?

Comme les titres je ne les choisis pas vraiment. Je n’aime pas celle de Clones en stock : pourquoi avoir reproduit le même personnage ? Quatre Bleu est le seul clone de Philippe !

 

Pour Esclave, c’est très différent. Je vous ai dit que ma fille aînée Louise a beaucoup inspiré le personnage d’Alaya. Alors Esclave a été écrit pour ma deuxième fille… Et c’est elle qui est sur la couverture. Autant vous dire que j’aime beaucoup celle-ci. En fait j’ai tellement pensé à ma fille pendant l’écriture (cela a parfois d’ailleurs été très gênant car je ne voulais pas faire vivre certaines choses au personnage) qu’il m’a semblé naturel de fournir à l’illustrateur, que je ne connaissais pas, un portrait de ma fille. Il s’en est donc inspiré pour son dessin.

 

Les élèves : Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres illustrations dans vos livres ?

Vous êtes maintenant de bons lecteurs. Vous n’avez dons plus besoin d’illustrations. Pour moi, lire c’est se créer ses propres images dans sa tête. Les gens qui n’aiment pas lire, ce sont ceux qui n’arrivent pas à se faire « le film du livre » dans leur esprit. C’est pour cela qu’ils s’ennuient et donc qu’ils n’aiment pas lire ! Le plaisir de la lecture, c’est se faire ses propres images.

 

Les élèves : Parlez-nous de vos autres livres ?

Mes autres livres…

Esclave… Je vivais au Vénézuela lorsque je l’ai écrit. J’ai donc eu envie de raconter une histoire de ce pays. Je me suis inspirée, cette fois, d’un lieu, d’une maison du 18ème siècle qui me plaisait… Et comme mes deux filles sont africaines, j’ai eu envie de raconter l’histoire de ce pays du côté « esclave » puisque beaucoup d’africains ont été envoyés dans ce pays pour être esclave. Encore une fois c’est le manque de liberté et l’absence de famille qui a été le moteur du récit : une jeune fille cherche à retrouver sa liberté, sa dignité.

 

Orénoque… Il retrace une expédition menée pour trouver les sources de l’Orénoque, fleuve d’Amérique du Sud. C’est dans un des endroits les plus sauvages du monde, une région où des hommes ont été découverts en 1950 seulement !

Les élèves : Combien de livres pensez-vous écrire ?

Je ne peux pas répondre à cette question. J’écris des histoires… mais je ne sais pas vraiment si elles deviendront des livres ! Aujourd’hui je suis angoissée car je suis en train de « boucler » Orénoque, cela m’aura pris deux ans … et je n’ai pas encore d’idée pour le suivant !

 

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